Vous le connaissiez sans doute déjà comme blogueur passionné du parfum. Thierry Blondeau vient de créer sa propre marque. Nous l’avons interviewé…

Thierry Blondeau

1/ Bonjour Thierry. Beaucoup de nos lecteurs vous connaissent pour votre profil de blogueur. Depuis combien de temps écrivez-vous sur le parfum ?
Le temps passe très vite… Olfactorum est né en novembre 2008.

2/ Parlez-nous de votre première rencontre avec le parfum.
Mes premières rencontres avec le parfum sont liées à la nature et à ma grand-mère. C’est assez classique, mais je me suis rendu compte avec l’âge, que j’étais déjà sensible, enfant, à la beauté olfactive de la campagne, des fleurs, des champs, de la plage, de sillages de Miss Dior, Rive Gauche, et à l’odeur des petits cotons colorés imbibés de crème démaquillante.

3/ Quel est le premier parfum que vous ayez porté ? Et le premier que vous ayez offert ?
C’est Fahrenheit qui m’a laissé ce souvenir, et j’ai du offrir Diorissimo ou Jardins de Bagatelle la première fois.

4/ Depuis peu, vous vous êtes lancé dans l’aventure de la création de parfums. Comment cette idée est-elle venue à vous ?
C’était plus fort que moi, il fallait que je concrétise ce besoin, ces idées que j’avais envie de transmettre. Et j’ai envie de continuer, de progresser, d’encore mieux faire.

5/ Est-ce difficile de se lancer ? N’y a-t-il pas beaucoup d’obstacles ?
Oh que si, et comme je travaille à côté, ce n’est pas un chemin facile. Il faut du temps, mesurer beaucoup d’aspects, et il y a de grosses contraintes de coûts, une législation à laquelle il faut se plier et c’est normal. Puis ensuite se pose la question de ce qu’on apporte, pourquoi, comment, pour qui… Et aussi de comment se faire connaître. La distribution aussi doit être motivée, et c’est difficile vu le nombre et la diversité des acteurs.

6/ Vous avez choisi d’appeler votre marque de votre vrai nom. Pourtant ce n’était pas votre idée première. Avez-vous  changé d’avis ?
Tout à fait, j’ai choisi d’être transparent et en tant que créateur, d’incarner totalement ces idées, ces parfums. D’assumer qui je suis, en somme.

7/ Quelles sont vos matières premières de prédilection ? Celles qui vous résistent aussi, peut-être ?
J’aime beaucoup de matières différentes, mais le narcisse, la gentiane, les notes fumées, les bois, la rose et le tiaré sont mes favorites. Parfois, il faut les dompter, c’est le cas du narcisse ou du gingembre, qui, si vous les dosez mal, vous échappent et peuvent tout gâcher. Quand je me lance dans une création, je recherche un effet, une texture bien précise, et tant qu’on ne la tient pas, c’est parfois laborieux. Par contre, quand on la touche, que l’on y arrive, c’est un immense plaisir.

8/ Quelles personnalités du monde du parfum et de la mode admirez-vous ? Pourquoi ?
Spontanément, j’aime les directeurs artistiques avec une vraie vision : Tom Ford, Karl Lagerfeld, Hedi Slimane et certains designers automobiles. Je suis plus influencé par le design automobile que la mode pour être très franc. Souvent, ces personnages lisent l’histoire d’une marque pour la porter dans le monde d’aujourd’hui, avec de l’audace, une capacité à bouleverser les codes et surtout, il faut savoir faire abstraction de tout formatage pour le réussir. J’aime aussi beaucoup ce que nous offre la palette des goûts : le vin, le whisky, les fromages, le café, le chocolat, la gastronomie, la pâtisserie et récemment un glacier qui m’a subjugué.
rive gauche, fahrenheit, mitsouko9/ Quel(s) parfum d’un autre créateur auriez-vous aimé créer ?
Je reste en admiration devant Vol de Nuit et Mitsouko, qui sont pour moi ce qui se fait de plus beau. Aujourd’hui, il me semble possible de jouer avec d’autres matières plus neuves en s’inspirant des effets, de la texture et de la complexité de ces parfums pour peut-être revisiter ces grands classiques en explorant de nouveaux territoires. J’aime aussi beaucoup la capacité de Jean-Claude Ellena à faire des choses très épurées, mais avec une maîtrise parfaite des matières. Et beaucoup de créations de L’Artisan Parfumeur, qui avait, avant, un vrai parti pris créatif.

10/ En tant que créateur, quelles sont vos influences ?
Guerlain a joué un rôle de modèle durant mon apprentissage, c’est clair, mais ce qui m’influence vraiment, c’est la force d’une idée à concrétiser. Je suis sensible à l’univers du design automobile, et je pense mes parfums comme on dessine les lignes d’une auto. Mais je laisse tout venir à moi : la peinture, la musique, la nature, la cuisine, la lecture, les voyages. J’absorbe, j’observe, je lis et tout cela me nourrit.

11/ Avez-vous d’autres créations en préparation ?
Oui, et je vais même vous avouer que j’ai hâte de finaliser les deux prochaines, car ce sont des idées que j’avais depuis longtemps. Mais il faut d’abord consolider ce qui n’était qu’un démarrage.

12/ Quels sont vos coups de cœur olfactifs du moment ?
J’aime beaucoup les créations de Liquides Imaginaires. Pas toutes, mais globalement, il y a de l’audace, un propos, et de vrais nouveaux partis pris. En parfumerie grand public, ça bouge un peu, on voit de-ci de-là de jolis effets, mais souvent sur des accords déjà vus, ce qui gâche un peu le propos. Parmi cela, je note tout de même ce que fait Balenciaga par exemple. Cette marque a souvent fait de jolies créations, majeures, puis, après un temps de pose assez long, elle revient aujourd’hui à de vraies nouveautés et à un style affirmé, ça me plaît.

Jessy's Rose Finale

Jessy’s Rose, premier parfum de Thierry Blondeau, par lequel tout à commencé…

Et vous, connaissiez vous Thierry Blondeau ? Avez vous déjà pensé à vous lancer dans la création de parfums ? 

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15 commentaires à “Interview parfumée : Thierry Blondeau

  1. Laure

    Bonsoir et merci à l’équipe de Parfumista pour cette excellente interview de Thierry Blondeau que j’ai l’occasion de lire ça et là sur le net.

    J’aimerais savoir d’où provient « Méchant Loup », car au début, j’ai eu du mal à comprendre qu’Olfactorum et Méchant Loup étaient liés ?

    Et encore quel est le réseau de distribution des parfums Thierry Blondeau en province car je n’ai pas encore pu les découvrir ?

    Enfin, pour répondre à la question sur la création de parfums, cela ne m’a pas effleuré l’esprit, préférant suivre le parcours de ceux que je « connais » et qui se lancent dans cette aventure.

    Bonne soirée !

    1. Parfumista Post author

      Bonjour Laure,
      Merci de votre message.
      Méchant Loup est le nom d’un parfum de L’Artisan Parfumeur créé par Bertrand Duchaufour en 1997. Un boisé gourmet avec une note douce de noisette.
      Un pseudo tout trouvé… qui est resté.

  2. Thierry Blondeau

    Tout a fait, Méchant Loup est un parfum que j’aime beaucoup, et qui est entré dans ma vie après Fahrenheit et Héritage. J’aime aussi le jeu entre le nom et la douceur réelle du parfum, un clin d’œil car ce loup n’est vraiment pas méchant, un peu comme moi en somme.
    Mes parfums sont en vente chez Jovoy à Paris, à La Maison de Parfums à Rouen et dès la semaine prochaine à Saint Malo chez Un Jour un Parfum. Voilà !

      1. Laure

        Bonjour,

        Je me permets de revenir vers vous pour savoir comment me procurer un ou des échantillons, n’étant à proximité d’aucun point de vente ?

        Merci d’avance et bonne journée

        1. Parfumista Post author

          Bonjour Laure,
          Souhaitez-vous que nous transmettions votre adresse email à Thierry Blondeau?
          Bien à vous,
          L’équipe de Parfumista

          1. Laure

            Bonjour et merci de votre proposition de transmission de mon email à Thierry Blondeau que j’accepte avec plaisir.

            Bonne fin de journée.

            Laure

  3. Thierry Blondeau

    Je précise aussi que j’ai peut être été un peu sévère en disant que L’Artisan était créatif « avant ». Noir Exquis prouve que la flamme reste, tellement c’est créatif, nouveau, bien fait et tout à fait cohérent avec la marque. Et c’est plutôt de bon augure.

  4. Franck

    Coucou Thierry, interview sublime.
    Que dire… ton parcours est au top.
    Tu es dans le parfum depuis toujours.
    Bravo.
    A bientôt

  5. chakim

    coucou Thierry, quel bonheur de te lire ici !
    et bravo pour tes créations !
    je te souhaite une belle route parfumée !

  6. Carole

    Il y a cette tendance qui commence à apparaître, avec Thierry mais aussi Anatole, Patrice… Le blogueur passionné qui devient parfumeur.
    Contrairement à ce qu’on entend dans certains milieux, je persiste à croire qu’on peut se former correctement sur le parfum en autodidacte même si le chemin est bien plus compliqué.
    Bravo à ceux qui osent!

    1. Thierry Blondeau

      Je confirme que c’est compliqué et que le chemin est long et difficile, ce d’autant plus qu’il nous manque certainement des automatismes pour gagner un temps précieux.
      Pourtant, en entendant de plus en plus que ceux qui sont « formés » sont peu créatifs, je me dis que nous faisons bien de prendre des risques, d’explorer des territoires originaux, et des les proposer.
      C’est encourageant, ça nous donne un peu des ailes, l’impression d’apporter quelque chose, un regard, des pistes, des propositions.
      Surtout, le temps perdu est reconquis par la motivation, et l’envie de progresser, de mieux faire, d’améliorer le coté technique, sans se perdre dans le « facile » pour autant.
      Pour ma part, j’essaie être plus fin dans ce que je finalise.
      Voilà et merci pour tous ces beaux commentaires.

  7. Laure

    Bonsoir,

    Merci à Parfumista d’avoir proposé de transmettre mon e-mail à Thierry Blondeau.

    Et merci à vous, Thierry, pour votre gentillesse et pour l’envoi des échantillons (deux fois, car nous avons eu à déplorer un fâcheux incident avec la poste).

    J’ai pris plaisir à découvrir les 4 opus.

    Cuir Extrême : un cuir d’une très forte personnalité, avec une note me faisant penser à du macadam fumant. L’ensemble est sec, raide. Original, mais pas pour moi. Je le verrais bien mixé.

    Narcisse Emoi : toute la difficulté est de savoir quelle est exactement l’odeur du narcisse.
    Je ressens un bouquet blanc, pas trop opulent, fraîchement cueilli et que l’on met dans un vase. Cette création n’est pas ma préférée, mais elle me plaît pour son côté nature.

    Alea Jacta Est : effectivement, le sort en est jeté. Il est très complexe à appréhender et ce d’autant plus qu’il donne une odeur d’artichaut pas forcément heureuse sur ma peau et à mon nez. Le test s’est arrêté à ce stade.

    Jessy’s Rose : incontestablement mon préféré, celui qui colle le plus à ma personnalité. C’est une rose douce miellée, un brin hespéridée et qui s’illumine. Le petit fond terreux lui sied à merveille.

    Ce qui est intéressant, c’est la prise de risque, notamment avec Cuir Extrême très proche du goudron. Mon mari s’est même demandé ce qui sentait le goudron dans la maison… Une petite anecdote s’il en est.

    Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne soirée.

    Laure

  8. Vitostorm

    Alea Jacta Est : une pure merveille!
    Le seul « floral » que je porte avec joie…

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