Sarah Bouasse est journaliste et autrice, spécialiste du parfum et des odeurs. Libre et passionnée, cette exploratrice de l’invisible nous invite à sentir pour mieux ressentir. Elle s’engage également pour l’éveil olfactif des plus jeunes. Sarah s’est confiée à Faraz.

© Lucie Sassiat

1/ Bonjour Sarah, quelle a été votre première rencontre avec le monde des odeurs ?

Les odeurs font partie de ma vie depuis aussi loin que je me souvienne : j’ai toujours reniflé ce qui me passait sous le nez. Quand j’étais enfant, le monde des odeurs m’attirait, me fascinait… et m’interrogeait, aussi. Parce que franchement : pourquoi est-ce qu’on en parle aussi peu, alors que les odeurs sont là tout le temps, et que le monde les sent ? Je ne comprenais pas pourquoi cette dimension du monde était passée sous silence. Surtout qu’il y avait dans ce silence une mystérieuse exception : le parfum. Ca, j’en voyais un peu partout. Les adultes en portaient, c’était un produit prestigieux, qui s’exposait sur des affiches et dans des publicités, et mes copines, comme moi, les collectionnaient…

2/ Comment avez-vous concilié l’écriture et le parfum ?

L’écriture et la lecture ont toujours été très importantes pour moi, et j’ai décidé vers mes 20 ans que je voulais devenir journaliste. Mais étrangement, une fois diplômée, je n’envisageais pas du tout d’écrire sur le parfum. Il faut dire qu’à l’époque – c’était en 2010 – il n’y avait pas de presse spécialisée, et les articles que je croisais parfois dans des magazines ne me donnaient pas franchement envie : j’y trouvais une vision du parfum très commerciale et pleine de clichés.

C’est un coup de pouce du destin qui m’a permis de connecter mon métier de journaliste à ma passion du parfum et des odeurs : une revue pour laquelle j’écrivais m’a envoyée interviewer Jean-Claude Ellena, qui était alors parfumeur chez Hermès. Comme je le raconte dans mon livre, « Par le bout du nez », la discussion que j’ai eue avec lui ce jour-là a été un vrai déclic : j’ai compris qu’il y avait tout un monde à découvrir. Et que mon métier pouvait justement me permettre de l’explorer.

J’ai lancé un blog, Flair, qui m’a permis de rencontrer d’autres parfumeurs, mais aussi d’aller découvrir d’autres professions de l’industrie du parfum et des arômes. Tout ce qui touchait de près ou de loin aux odeurs m’intéressait ! Et puis, en 2015, j’ai rencontré Jeanne Doré, qui s’apprêtait à fonder NEZ et qui m’a proposé de l’épauler. J’ai alors trouvé un endroit où écrire sur le parfum d’une manière que je ne pensais même pas possible : libre, multidisciplinaire, exigeante… et passionnée.

3/ Quelles sont les odeurs que vous aimez ? A contrario quelles sont celles qui vous horripilent ?

La liste des odeurs que j’aime est quasiment infinie ! Mais l’une de celles que je préfère parmi toutes, c’est l’odeur de mes filles, que je sniffe à pleins poumons dès que j’en ai l’occasion ! En ce moment, je trouve qu’il y a littéralement une odeur de printemps dans l’air, comme si le monde végétal se réveillait doucement… et ça aussi, je m’en régale.

Du côté des odeurs qui m’horripilent, je peux citer celle qu’une éponge sale laisse sur les mains – ça me dégoûte vraiment. Et je déteste aussi les molécules boisées ambrées qu’on trouve dans beaucoup de parfums aujourd’hui. Ce sont des odeurs sèches, vibrantes, qui projettent à plusieurs mètres… et qui nous rendent, à force d’être partout, incapables d’apprécier les senteurs plus subtiles.

4/ La découverte de l’olfaction dès l’enfance est importante pour vous, comme en témoigne l’ouvrage « Manuel d’éveil olfactif pour petits et grands », auquel vous avez participé. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Quand j’ai rencontré Roland Salesse, fondateur de l’association Nez en Herbe qui promeut l’éveil olfactif en milieu scolaire, ça a été une évidence. L’odorat est un sens trop souvent négligé, voire méprisé, alors qu’il est un vecteur formidable de plaisir, de connaissance du monde et de soi-même. On sait par ailleurs qu’exercer son odorat de manière consciente favorise les apprentissages cognitifs, encourage une alimentation plus saine, et permet de compenser un peu la place très importante que prend la vue dans notre monde d’écrans. Bref, il n’y a que de bonnes raisons de s’y mettre !

Ce Manuel d’éveil olfactif est né pour rendre accessible au plus grand nombre les ateliers que les bénévoles de Nez en Herbe – dont je fais partie – proposent dans les écoles. C’est un ouvrage à la fois pratique et théorique, qui donne à chacun la motivation et les outils concrets de s’engager, que l’on soit instituteur, parent ou simplement curieux : les activités y sont présentées comme des recettes de cuisine, de manière très didactique, ce qui les rend très faciles à mettre en place. Je suis vraiment heureuse d’avoir coordonné avec Amandine Vépierre et Alix Douchet ce livre unique en son genre, qui a été conçu et fabriqué avec les équipes de NEZ – d’où le fait qu’il est aussi très beau et agréable à feuilleter !

5/ Avez-vous pour projet d’écrire un deuxième livre ?

Oui ! C’est un projet déjà lancé, mais il est encore un peu trop tôt pour en parler…

Avez-vous lu ces livres ? Êtes-vous sensible aux odeurs qui vous entourent ?

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