Avec son premier parfum, Volanjara, Vola Vigny distille ses souvenirs d’enfance et son héritage métis, entre Madagascar et la Méditerranée. Rencontre avec une créatrice indépendante au parcours atypique.

1/ Bonjour Vola, pouvez-vous nous raconter votre premier souvenir olfactif ?

J’ai passé la majorité de mon enfance sur l’île de Nosy-Bé à Madagascar. Petite fille, je n’arrivais pas à dormir le soir car j’attendais mon demi-frère, de 18 ans mon ainé. Il était chauffeur de taxi et rentrait tard le soir. Pour m’apaiser et soulager mes parents, il m’emmenait dans son taxi faire une balade. Nous parcourions des kilomètres, vitres ouvertes, sur la route de l’aéroport bordée d’ylang-ylang. Le parfum des fleurs m’endormait en 5mn top chrono !

2/ Vous avez fondé Volanjara en 2023. Comment ce projet est-il né ?  

Ce qui m’a manqué le plus quand mes parents sont partis en 2020, ce sont les odeurs réconfortantes de mon enfance : le kir royal au cassis que mon père préparait aux invités à chacun de mes anniversaires, les litchis que ma mère nous épluchait, ses parfums au jasmin enivrant comme L’Air du Temps de Nina Ricci, Femme de Rochas, ou encore J’adore de Dior. Mais aussi l’odeur de sa passion : les lessives.

Je me souvenais des promenades avec eux dans les plantations d’ylang-ylang à Nosy-Bé, des champs de bergamotes et de pommes rouges dans la région Occitanie en France, mais aussi les visites régulières de ma mère chez l’herboriste de la rue de l’Aiguillerie à Montpellier.

Ayant un parcours professionnel dans le secteur de l’entreprenariat et de l’enseignement supérieur en grande école de commerce, ce fut une évidence de créer la traduction de tous ces merveilleux souvenirs olfactifs. Volanjara est un hommage à l’amour inconditionnel que mes parents me portaient. Jusqu’à leur dernier souffle, ils m’ont répété qu’ils m’aimaient. Et puis, je me suis souvenue que papa me disait toujours « soit créative ma fille et crée une entreprise qui te ressemble ».

3/ Quels sont les plus grands défis auxquels vous avez été confrontée ?

J’ai tout d’abord appris à me faire confiance, à croire en mes capacités intellectuelles et créatives, en mon savoir des fleurs, des fruits, des plantes et de leurs vertus. Convaincre mon banquier ainsi que mon gestionnaire de patrimoine n’a pas été simple, il a fallu démontrer la viabilité d’un tel projet. J’ai dû aussi trouver ma place dans le secteur de la parfumerie, souvent perçu comme saturé, et où l’authenticité et l’audace sont constamment mises à l’épreuve. J’ai choisi de répondre à ce défi par l’ultra-qualité, la rareté et l’indépendance.

4/ Votre parfum a été développé avec le parfumeur Yusuke Masuda. Comment avez-vous travaillé ensemble ? Qu’avez-vous appris de lui ?

Ma formulation étant claire dans mon esprit et dans mes notes, je devais trouver une maison de parfums qui accepterait d’élaborer une marque blanche*. Parmi les 200 usines de parfums à Grasse, une seule a accepté de me rencontrer et d’écouter attentivement mon projet. La Maison Galimard, la plus ancienne maison de parfums de Grasse, a été séduite par mon histoire et a accepté de créer mon eau de parfum, Volanjara.

J’ai travaillé pendant des mois en collaboration avec M. Yusuke Masuda, qui était alors le parfumeur de la Maison Galimard. Nous avons recherché le dosage parfait des notes que j’avais sélectionnées. De l’opposition de nos deux cultures est née une synergie parfaite. Au départ, nos environnements historiques olfactifs ne se comprenaient pas. Je disais fraîcheur, il me répondait eucalyptus, alors que je pensais agrumes. Je lui parlais souvenirs de Madagascar, il imaginait une vanille et de l’ylang-ylang, alors que je rêvais de litchis et de bergamote.

5/ Quand avez-vous su que Yusuke Masuda avait capturé l’essence de ce que vous cherchiez ?

Au bout de 9 essais sur une période de 6 mois, j’ai eu une révélation : cette composition fraiche, sucrée, douce et surtout réconfortante était parfaite en tous points. Plus qu’un parfumeur, Yusuke Masuda est un homme talentueux qui a su m’écouter attentivement, avec une pertinence et une bienveillance infinie face à mes exigences-pas toujours compréhensibles, je dois bien l’avouer ! Son humilité et son excellence ont fait de l’eau de parfum Volanjara une aventure humaine exceptionnelle. Je lui en serai toujours reconnaissante. 

6/ Avec Volanjara, vous avez souhaité créer « un refuge, une émotion, une trace d’humanité dans un flacon ». Pourriez-vous nous en dire plus ?

J’étais arrivée à un point de surcharge mentale qui endommageait ma santé physique. Je saturais après la quarantaine dans ma vie de femme, de salariée, de gérante de SCI dans le secteur immobilier industriel, de maman d’adolescents, d’aidante de mes parents en fin de vie. Quand ils sont partis, j’ai décidé de ralentir. De revenir à l’essentiel.

Ma maison de création est née du silence, de la mémoire, de l’intime. Je savais qu’un sillage me bouleverserait, m’apaiserait, éveillerait mes souvenirs les plus enfouis. J’ai voulu transmettre dans Volanjara, une ode à la sincérité : celle des matières naturelles, de l’artisanat d’excellence et des émotions vraies. Dans le seul but de réconforter. 

Volanjara, c’est aussi une voix qui réunit les continents, les cultures, les traditions. C’est un hommage à l’Amour, à la nature souveraine, aux souvenirs d’enfance baignés d’ylang, de vanille, de fruits juteux et sucrés – bref, de soleil.

7/ Volanjara a été nominée lors de l’édition 2025 du Prix de l’Innovation Responsable, décerné par la Fragrance Foundation France. Dans quelle mesure votre Maison s’inscrit-elle dans une démarche écoresponsable ?

Cette nomination fut une consécration. Elle valide la qualité irréprochable d’un produit conçu avec sincérité, dans le respect de l’artisanat ancestral de la parfumerie Grassoise. Notre eau de parfum est composée d’ingrédients naturels, nos packagings et nos flacons sont fabriqués en France. Cette reconnaissance d’experts du secteur de la haute parfumerie française m’a vraiment soulagée et émerveillée. J’ai repensé à tout ce que nous avions traversé avec la Maison Galimard et Yusuke Masuda pour parvenir à créer, fabriquer et produire Volanjara dans une démarche RSE**.

8/ Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Nous aimerions faire rayonner Volanjara un peu partout dans le monde, aussi bien en format 100ml qu’en format nomade 10ml. Nous prenons le temps de développer des déclinaisons : un parfum d’intérieur naturel et sans risque pour la santé pourrait voir le jour. Et pourquoi pas, demain, des Élixirs Volanjara… Une manière de cultiver, plus que jamais, notre caractère rare et précieux.

*Une marque blanche désigne un produit conçu par un fabricant, mais commercialisé par une autre entreprise sous son propre nom et son propre logo.

**La RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) est la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable.

Et vous, quelle(s) odeur(s) de votre enfance souhaiteriez-vous retrouver dans un parfum ?

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2 commentaires à “Interview parfumée : Vola Vigny, fondatrice de Maison Volanjara

  1. Daniel

    Très belle interview.
    J’adore lorsque les parfumeurs et les maisons de parfum plongent dans leur mémoire intime. Car même si l’on n’apprécie pas forcément la création, on devine toujours tout l’amour qui a été mis dans le flacon.
    Pour ma part, le souvenir que j’aimerais retrouver dans un parfum va peut-être vous paraître étrange…
    C’est un souvenir d’enfance avec mon grand-père.
    Il était paysan et pratiquait la chasse. Je vous parle du début des années soixante.
    Dans les collines de Marseille, il me faisait découvrir les plantes aromatiques : sarriette, thym, romarin, lavande, sauge, menthe, pin, cade, ciste, genevrier…
    Et parfois, il ramenait de la chasse quelques pauvres lapins ou des grives.
    J’adorais enfouir mon nez dans le plumage de ces oiseaux, respirer leur odeur, ainsi que le doux duvet des lapins.
    Cela sentait incroyablement bon, une odeur qui me rassurait.
    Je ne saurais la décrire avec des mots, mais elle est là, intacte dans ma mémoire ou plutôt dans mon cœur.
    Je sais que cela peut paraître atroce. Aujourd’hui, je n’adhère plus du tout à la chasse.
    Mais cela reste un souvenir extraordinaire, profondément ancré de moments passés avec mon regretté grand-père.
    Ah, si un parfumeur pouvait capturer ces senteurs
    les enfermer dans un flacon
    pour me permettre de retrouver
    la douceur de mon enfance…

    1. Scentifolia

      Merci Daniel pour vos mots. Si un parfumeur pouvait capturer ces instants, il y glisserait sans doute la lumière dorée des collines marseillaises, la curiosité d’un enfant et la patience d’un grand-père. Un concentré de souvenirs et d’émotions.

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